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mardi 28 avril 2020

Petite fille sage – Je n'ose pas exister

Je lisais la semaine dernière cet article de Mymy pour Rockie qui parlait du fait de prendre soin de soi. Ou plutôt, du fait qu'elle ne savait pas prendre soin d'elle. Qu'elle n'était pas capable de se préparer un bon petit plat et qu'elle mangeait de façon mécanique quand elle était seule. Cet article je l'ai ressenti. Il m'a touché parce que même si nos vécus sont assez différents, j'ai réussi à mettre les mots sur quelque chose qui me préoccupe depuis bien longtemps : je n'ose pas exister. Alors je sais, ça paraît un peu abrupt dit comme ça, mais laissez-moi vous expliquer la situation.


J'ai des souvenirs très précis de moi en vacances ou en colonies de vacances, quand j'étais jeune, où je me vois refuser de défaire sa valise. Je ne voulais absolument pas étaler mes affaires et perdre le risque de les perdre. Je rangeais tout consciencieusement, en faisant bien attention à ce que tout soit nickel. Vous voyez ce que je veux dire ?



Je me rappelle, quand j'ai emménagé dans mon appartement, expliquer à ma meilleure amie que j'avais souvent froid à la maison et que je ne faisais pas rien pour être plus à l'aise. Je n'achetais pas de tapis alors que j'en manquais cruellement pour retenir un peu la chaleur, je ne prenais pas de plaids qui tenaient bien chaud ou des accessoires du genre. Parce que le cocooning a beau être un concept qui me plaît beaucoup dans l'idée, passe difficilement de l'idée aux actions. En partant de la maison ce soir-là, elle m'a fait promettre de changer ça. J'ai fini par acheter un tapis. Ce n'était peut-être pas grand chose en soi mais pour moi c'était déjà une énorme avancée !

Aujourd'hui, je m'en rends encore plus compte : mon copain adore la musique. Il en met très souvent. Et c'est toujours trop fort pour moi. Alors qu'objectivement, le niveau n'est pas du tout exagéré. Mais j'ai toujours peur de déranger mes voisins. Pareil quand je reçois. Je demande toujours à mes convives de faire beaucoup moins de bruit le soir. Même si on n'entend pas grand chose de base (donc je préfère ne pas recevoir chez moi le soir, vous l'aurez compris). Les bruits de voisinage, j'ai connu ça. Mais c'est aussi parce que l'appartement juste à côté de moi a les murs très fins et que je connais leurs horaires de travail qui sont excessivement matinaux. Et au lieu de me contenter de faire du bruit comme une personne normale (c'est-à-dire modérément, sans en faire des caisses), eh bien j'ai fait en sorte de vivre comme un ninja. Au point qu'ils m'aient déjà demandé si j'étais souvent à l'appartement tellement ils n'entendaient rien.

La première année où j'ai rejoint Les Internettes, j'ai eu la chance de m'occuper du concours des Pouces d'Or. En remerciements, les filles m'avaient fait l'énorme surprise de m'offrir un massage (encore merci olala). Un massage que j'ai mis un an à aller faire. Je me suis faite masser deux fois par des pros dans ma vie : une fois parce que c'était le cadeau de la mère d'une amie et cette fois-là. Mon budget ne me permet certes pas de me payer ça tous les mois, mais j'ai été surprise par mon état de détente en sortant de là.


Je ne pas faire semblant de ne pas le voir : je sais pertinemment que cette attitude de jeune enfant timide qui n'ose pas élever la voix, je l'ai adoptée à cause de cette société qui pousse les femmes à se faire les plus petites possible. À rester polie et calme en toutes circonstances.

Ce comportement, je pense que je le tiens de ma mère, qui m'a certes toujours bien appris à être polie et respectueuse, mais je pense avoir fait un peu trop de zèle là-dessus et je me suis donc retrouvée à faire en sorte de ne pas exister. Parce que je ne savais pas trouver le juste milieu entre avoir une attitude convenable et m'effacer totalement. Et puis il faut savoir que ma mère est exactement comme ça.

Je vais vous raconter anecdote un peu trash donc ne lisez pas les prochaines lignes si le concept de brûlure est quelque chose qui vous perturbe : quand elle était petite, vers 11 ans, ma mère a fait tomber le fer à repasser qu'utilisait ma grand-mère. Mais au lieu de crier, elle a simplement pleuré sans un mot en attendant que ma grand-mère s'en rende compte. Et elle n'a pas fait ça parce qu'elle ne ressentait rien, au contraire. Mais parce qu'elle avait peur de déranger.

Est-ce que vous réalisez à quel point elle a dû être conditionnée pour en oublier un instinct de survie ?! Le jour où on m'a raconté ça, je ne voyais pas ce que ça pouvait dire sur la personnalité de ma mère (j'étais bien trop jeune), mais avec le recul, je me rends compte à quel point cette histoire m'inquiète pour la place que s'accordait ma mère pour vivre (ma grand-mère est une personne adorable, ne vous en faites pas pour ça). Et j'avoue que c'est un peu bizarre de vous déballer comme ça une histoire aussi personnelle, mais je pense qu'elle était nécessaire pour que vous compreniez mon message.


Je veux être plus à l'aise. Chez moi, en vacances, ou autre part. Bon en colonies je n'ai pas trop le choix parce que maintenant que je suis animatrice, vu le peu de temps que j'ai pour me préparer si je dois me déguiser, m'habiller ou me changer pour dormir, je risque de ne pas survivre aux séjours si je ne défais pas ma valise pour pouvoir attraper mes affaires facilement. Le réflexe n'est pas simple à adopter et je ne vous dit pas que du jour au lendemain je vais réussir à m'acclimater. Mais peu à peu, je commence à sortir de ma coquille. Et je dois une fière chandelle au féminisme là dessus. J'ai appris que je n'avais pas à m'excuser d'exister, ce qui est quand même super quand on est un être humain.

Et je ne compte pas m'arrêter là (à moi les plaids queue de sirène et autres bouillottes, ha!)

mardi 14 janvier 2020

Réseaux sociaux et condition féminine : quelles avancées pour la déculpabilisation des femmes ?


Cette image ne vous dit rien ? Vous n'avez pas l'impression de l'avoir déjà vue mille fois sur Instagram ? Mais si vous savez, ce design épuré, cette impression que tout est à sa place, bien rangé... Vous voyez de quoi je veux parler ?

J'ai mis du temps avant d'écrire ce sujet. Parce que je me suis dit que je n'aurai jamais assez d'un article pour écrire là-dessus. Et c'est probablement le cas : je pourrai continuer longtemps à parler de ça, je ne ferai jamais assez de recherches, n'interrogerai jamais assez de monde. Pourtant aujourd'hui je sens que c'est le bon jour pour parler de ça et vous proposer d'y réfléchir ensemble.

Il y a un peu plus d'un an maintenant, je lisais tranquillement le livre Libérées de Titiou Lecoq quand j'ai été particulièrement happée par l'un de ces chapitres. Ce livre, axé autour des tâches ménagères imposées aux femmes établit le lien entre réseaux sociaux et condition féminine. C'est ainsi qu'au chapitre III intitulé « La vie rêvée des femmes », nous pouvons lire ceci :

« Les réseaux sociaux sont devenus le lieu de propagation d'une nouvelle dictature domestique avec des normes extrêmement élevées et uniquement à la charge des femmes, les hommes étant physiquement absents de ces images » (p.123).

À la lecture de ce chapitre, si j'étais tout à fait d'accord avec l'autrice, j'ai eu comme l'impression que cette dictature dont elle parlait était plutôt appliquée à une époque révolue d'Instagram.

Lisez ce livre, il est très bien.

Comme pour tout dans la vie, Instagram a fonctionné par tendances (d'ailleurs qui oserait dire que ce n'est plus le cas en voyant tous ces filtres aléatoires poper dans nos stories?). Et il fut un temps où effectivement, la mode était aux feeds épurés, articulés autour des couleurs grises et blanches. La décoration d'intérieur scandinave avait le vent en poupe. Tous les intérieurs présentés sur la plateforme étaient cocooning (ou hygge), extrêmement rangés pour donner une impression de sérénité. Et je pense que ce moule Instagram a poussé bien des femmes à faire bien plus souvent le ménage à la maison.

Je le confesse : je suis d'ailleurs moi-même tombée dans ces travers. À ma sauce, certes, mais quand même. Mon compte personnel était très réfléchi, toujours sur les mêmes tons, ce qui impliquait également de vivre dans une espèce de monochrome sans saveur. J'ai été vite ennuyée par cette façon de créer. Déjà parce que je tenais à présenter mes photos de portrait, mais aussi parce que la couleur a fini par me sauter à la figure sans crier gare.


On est sur une vraie différence, n'est-ce pas ?

Avec le recul, je m'en veux d'être tombée dans ce jeu pervers. Ok, je m'amusais pas mal à créer avec des contraintes, mais je constatais bien au fur et à mesure de ma production que je voulais de plus en plus d'objets de qualité à mettre en avant, pour dépenser les sous que je n'avais pas dans des objets onéreux au design épuré. Moi aussi, rentrer dans le moule pour me prouver que tout n'était pas mieux chez les autres, que moi aussi je pouvais avoir de jolies choses chez moi. Oui, j'ai été cette personne et pourtant je ne voulais pas l'être. Parce que tout ce que je voyais autour de moi c'était ça, et que je croyais avoir trouvé ce que je voulais. Je me trompais.

Mais alors est-ce qu'Instagram a réellement fait reculer la condition féminine ?

Si l'on transpose la question des intérieurs à la question des corps, on est en droit de s'interroger : que faisons-nous de toutes ces fitgirls et autres influenceuses extrêmement fines qui peuvent parfois faire culpabiliser leurs communautés à cause de leur taille de guêpe ?

Loin de moi l'idée de shamer qui que ce soit, tout le monde fait bien ce qu'il veut du moment qu'il est bien dans son corps et qu'il ne met pas en danger sa santé. Je dis simplement que la vague healthy qui avait frappé Instagram à peu près au même moment que la tendance cocooning avait mis à mal un certain nombre d'estimes de soi. Au point que plusieurs de mes amies m'ont rapporté avoir supprimé leur compte parce qu'elles en avaient marre de culpabiliser en comparant leur vie à celle des autres (c'est une donnée très scientifique, j'en ai conscience). Moi aussi, il m'est déjà arrivé de me sentir mal ou d'avoir l'impression que ma vie était moins bien à cause de ces comptes-là qui me culpabilisaient sans le vouloir.

Moi mangeant mes pâtes au fromage en pyjama devant un feed insta rempli de légumes et de meufs en maillot de bain

On aura beau dire, hein : c'est le jeu ma pauvre Lucette ! Instagram est comme tout réseau social une reproduction de ce que nous connaissons déjà dans la société (même si les réseaux sociaux ont leur évolution propre, il n'y a qu'à voir l'émergence spécifique des métiers d'influenceur·euses, de community managers et autres). À chaque fois que nous avons eu l'opportunité de faire quelque chose de différent grâce à une plateforme laissant le champ libre à notre imagination, nous avons répété les mêmes schémas que dans la société physique. Qui plus est, Instagram étant LE réseau social de l'image et uniquement dédié à ça, il était presque inévitable que les travers de la communication visuelle, de la publicité, de la mode et du marketing se reproduisent en s'intensifiant. Seulement comme cette fois ce n'est pas la seule et même voix des grandes industries qui donne le ton mais plutôt celle de plein de personnalités éparpillées sur le web, nous avons peut-être plus de mal à nous en détacher.

Pourtant Instagram a notamment contribué à l'émergence du mouvement bodypositive, qui permet de célébrer les corps dans leur pluralité, de s'affranchir des diktats et d'encourager tout le monde à s'aimer tel qu'il est. Et c'est une chance inouïe de pouvoir faire grandir ces mouvements qui permettent de faire des réseaux sociaux des endroits bien plus respirables.

C'est bien pour cette raison qu'il faut encourager les initiatives positives, celles qui montrent la vie telle qu'elle est, comme le font très bien Louise Aubery a.k.a My Better Self et Douze Février avec le hashtag #OnVeutDuVrai ou encore Coline qui explique son lâcher prise dans sa dernière vidéo. Je vous en parlais dans un précédent article, il me paraît indispensable aujourd'hui d'inverser la vapeur. Sans même être utopiste, je pense sincèrement au fond de moi que nous avons les moyens de faire des réseaux sociaux quelque chose de majoritairement positif, même si ce sont des outils résultants de notre fonctionnement capitaliste et que sans renversement de ce système nous n'arriverons à rien.

Mais c'est pas le sujet.

mardi 17 septembre 2019

Féministe & Girly – Le paradoxe qui n'en était pas un


Quand j'ai commencé à m'intéresser aux questions liées au féminisme, j'étais dans une phase où j'étais en totale opposition avec l'image de la femme potiche, celle à qui on n'adresse jamais la parole, toujours là pour plaire aux hommes et ayant pour seule fonction d'être jolie. Pour m'éloigner un maximum de cette illustration, je me suis construite de façon à ce que rien ne puisse laisser penser que je pouvais être faite de ce bois-là.



Sans pour autant abandonner ma passion pour le maquillage ou les fringues, j'ai fait en sorte de ne pas trop en parler, ou en parler avec les « bonnes » personnes, celles qui ne me mettraient pas face à mes « contradictions». Et non, je ne parle pas des autres féministes pour le coup, mais bien des gens qui cherchent à avoir le dernier mot sur tous les sujets, les mêmes qui viennent me dire qu'être végétarienne c'est mauvais pour la santé alors que je suis juste en train de bouffer mes nuggets de blé tranquille dans mon coin, laissez-moi sérieux !




Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai compris qu'il fallait que je nuance ce propos.


Vous l'aurez remarqué avec le nouvel habillage de ce blog, je me suis totalement lancée dans une esthétique plus cartoonesque, bariolée, avec du rose et des lettres gummy. C'est quelque chose que j'avais envie de faire mais que j'ai, mine de rien, mis du temps à accepter. Est-ce que porter du rose et aimer les paillettes m'éloigne de mes revendications ? Bah figurez-vous que non. Enfin, vous, vous le saviez peut-être, mais il m'a fallu pas mal de temps pour le comprendre et m'assumer entièrement, sans crainte d'être jugée.


Je suis féministe et j'aime les paillettes. Je regarde les vidéos de makeup pour me tenir informée des nouveautés parce que j'adore me maquiller.

Je suis féministe et j'organise des shootings sur le thème du film Lolita Malgré Moi. Je porte des pin's Girl Power et j'aime prendre le temps de me faire des masques le dimanche.

Je suis féministe et je revendique le droit de faire ce que je veux, en fait. Et c'est ce qui importe.


Parce que non, être féministe ce n'est faire un barrage total à toute forme d'attrait pour la cosmétique. C'est aussi l'accepter. En fait, être féministe, c'est surtout rechercher la liberté de faire ce que bon nous semble, sans que personne n'ait quelque chose à redire. Laisser pousser ses poils ou porter des pushups, qu'importe, du moment qu'on se sent bien et qu'on nous laisse faire nos propres choix.



Porter du rose n'envoie certainement pas un message au reste du monde disant « hé, c'est ok de me marcher sur les pieds et de continuer à faire comme si mes droits n'existaient pas ». Je ne dis pas pour autant qu'il faut aimer le rose et les strass par pure revendication. Chacun a le droit de ne pas faire de tous ses faits et gestes quelque chose de politique. Parce que nous ne sommes pas des machines et que c'est vachement crevant mine de rien. En fait, je fais le choix de ne pas me poser de question. Si j'aime un truc, je l'assume, sans me demander si ça entre en contradiction avec mes principes.



Certes, les termes que j'ai choisi pour ce titre d'article sont assez aguicheurs mais je cherchais à vous interpeller. En vérité, je n'aime pas utiliser l'expression girly. Non pas parce qu'elle sous-entend un univers plus enfantin, fait de sucre et de licornes (d'ailleurs je n'aime pas les licornes, désolée de vous le dire), mais surtout parce qu'elle se rattache à un genre plutôt qu'un mood. Et je ne soutiens pas les stéréotypes attachés aux genres, pour le coup, je les rejette. À cause de ce bagage de stéréotypes qui entourent ce mot, l'idée même qu'une personne puisse avoir des goûts girly devient tout de suite péjorative, en particulier s'il s'agit d'un homme. Wikipédia estime d'ailleurs que ce terme est condescendant. Parce qu'il associe l'image de la femme à l'immaturité et à l'absence de réflexion.


Ce qui me fait d'ailleurs penser à l'excellente interview de Billy Porter pour le site anglais Pink News expliquant son goût pour le port de la robe :



« Toute femme qui porte un pantalon est considérée comme forte parce que le pantalon est associé au patriarcat. C'est en quelque sorte un complexe de supériorité. Et donc si un homme porte une robe, c'est dégoûtant. Dans ce cas, ce que vous êtes en train de dire c'est : « les hommes sont incroyables, les femmes sont dégoûtantes. Et je ne veux plus participer à ça »


On ne mérite pas Billy Porter, cet être merveilleux.


Ce qui pose vraiment problème, c'est d'être jugées quoi qu'on fasse. C'est vrai pour l'Occident, ça l'est encore plus ailleurs. Et c'est même à cause de ce système qu'on se retrouve à réfléchir à ce genre de questions à la con. Est-ce que j'aurais pensé un jour me retrouver à me demander s'il n'était pas honteux que j'aime une couleur ? Quelle perte de temps, c'est n'imp. On est d'accord ?




Alors je sais bien, que cet article a l'air de dire « regardez comme je suis merveilleuse ! J'ai compris ça, ce qui fait de moi un être supérieur ». Dites vous ce que vous voulez en vrai, mais pour moi l'important c'était de partager cette réflexion avec vous. Surtout parce que je voulais savoir si vous aussi, vous aviez pu vous dire ça. Ou si vous vous dites encore ça ? Ça m'intéresse. J'ai envie qu'on échange là-dessus.


Crédit photo d'illustration: inconnu, si vous en connaissez l'auteur·ice, n'hésitez pas à me contacter !