mardi 21 mai 2019

Détective Pikachu – Où sont passés Miaouss et Qulbutoké ?


Je suis allée voir Détective Pikachu ce matin même et j'ai eu envie de vous en parler. Du coup je le fais parce que j'ai peu de limites. Je sais que vous êtes impressioné·es derrière vos écrans.


Sorti le 8 mai dernier, ce film était attendu par énormément de fans. Il s'agissait en effet de la première adaptation en long-métrage live action du monde des Pokémon, il y avait donc de quoi être hypé·e. Le film a été réalisé par Rob Letterman qui est également derrière Shrek et Gang de Requins. C'est donc un habitué des films d'animation et plus généralement des films pour « enfants ».

Niveau pitch, voilà ce que ça donne : un jeune homme du nom de Tim Goodman se rend dans la ville de Rhyme City où vivait son père, après avoir appris son décès. Rhyme City a pour particularité d'être une ville où les Pokémon et les humains vivent ensemble. Les combats entre Pokémon y sont d'ailleurs interdits. En arrivant dans l'appartement de son père, Tim fait connaissance de son coéquipier, un Pikachu au chapeau mignon (cri aigu de moi contente). Tim et Pikachu se rendent compte qu'ils arrivent à communiquer et se mettent à enquêter ensemble sur la mort du père.


Bon, je dois avouer que je reste carrément sur ma faim. J'ai été très fan de Pokémon étant plus jeune, j'ai commencé par les jeux vidéos avec la version Or en achetant ensuite quelques suites. Je regardais les dessins-animés, je collectionnais les cartes, bref, une vraie petite addict. L'univers Pokémon aura toujours une place particulière dans mon cœur et c'est pour cela que j'ai tenu à voir ce film (pas du tout comme une petite madeleine de Proust parce que je déteste cette expression mais c'est l'idée, malgré tout).

Je ne suis pas parvenue à discerner l'intention réelle du film : être un pur produit de nostalgie comme l'a pu être Ready Player One qui faisait totalement son job (parfois à outrance selon certain·es) ou bien raconter une histoire inédite pour nous emmener vers de nouveaux horizons. Une histoire inédite ? Pas vraiment, quand on sait que le film a été adapté du jeu vidéo éponyme et qui a le même pitch. Pour autant, il ne s'agit pas non plus d'un film doudou dans lequel on retrouve toutes ses références d'enfance pour la simple et bonne raison qu'il n'y en a pas assez.

Eh oui, je le disais ; je reste carrément sur ma faim. La découverte de Rhyme City était selon moi trop courte et mal amenée. On l'introduit via les yeux de Tim dans une vidéo de présentation diffusée dans le train et j'avoue que j'ai trouvé ça un peu bizarre. Même si je sais que là, je chipote. Toujours est-il qu'on ne s'attarde pas trop sur les Pokémon qui peuplent la ville sauf deux ou trois qui prennent la lumière pendant quelques minutes, comme par exemple Mr. Mime, Dracaufeu, Rondoudou ou Snubull. Autrement ce ne sont que des petits passages devant la caméra. En écrivant ces lignes, je réfléchis et je me rends compte qu'il y a tout de même pas mal de Pokémon. Pourtant l'impression de ne pas avoir été rassasiée a pris le dessus. J'en attendais trop pour ce retour en enfance et j'ai été déçue. J'ai quand même gardé à l'esprit qu'il n'était pas viable de montrer tous les Pokémon (même uniquement ceux de la première génération), cependant cela ne m'a pas empêché d'éprouver une petite frustration.


Côté scénario, j'ai trouvé le film plat. Croyez-moi que la phrase qui va suivre m'arrache le cœur de le dire mais : je n'ai pas trouvé Bill Nighy transcendant. Oui, Bill Nighy qui est l'un de mes acteurs favoris au monde joue un personnage que je trouve sans saveur alors même qu'il est excellent acteur. J'étais désemparée. Même Ryan Reynolds qui faisait la voix de Pikachu m'a laissée de marbre. J'étais contente d'apprendre qu'il serait au casting mais après avoir vu sa prestation je me dis qu'il aurait tout à fait pu être remplacé par n'importe quel autre acteur pour le jouer. Je sais bien qu'il a été choisi pour son incarnation d'anti-héros dans Deadpool mais le film n'allant pas assez loin dans le développement de son caractère fait qu'il n'était pas utile de le prendre lui particulièrement. J'avoue néanmoins avoir été contente au tout début du film en voyant Karan Soni qui joue Dopinder dans les films Deadpool, son fidèle chauffeur de taxi.

J'étais tout de même contente de voir certains Pokémon. Psykokwak reste mon Pokémon préféré de la galaxie parce qu'il est giga stylé en plus d'être drôle et j'ai sérieusement envie d'adopter des Bulbizarres à tour de bras. Ça c'était pour la critique parfaitement objective et tout à fait rationnelle.


Je me suis posée la question de le voir en VOSTFR ou en VF pour la simple et bonne raison que je connais l'univers Pokémon en français et que voir des Pokémon crier leur nom en anglais n'allait pas me faire kiffer. En même temps je voulais écouter la prestation de Ryan Reynolds et les sous-titres en français allaient me traduire le nom des personnages. J'ai finalement choisi la VOSTFR même si ça ne valait pas le coup pour Reynolds et que de toute façon le nom des Pokémon traduit n'était pas si utile puisqu'il n'y a pas besoin de ça pour les reconnaître. D'ailleurs j'étais très contente en spottant une référence aux Nuls lorsque Pikachu insultait Mr. Mime de « con de mime ». Il en faut peu pour me mettre en joie, oui.


D'ailleurs, mention spéciale au générique de fin du film tout en illustrations 2D que j'ai trouvé vraiment très chouette, tout comme la musique (mais pas celle choisie pour la suite du générique, ne disons pas n'importe quoi).

Détective Pikachu est un film en demie-teinte : j'ai à la fois été attendrie par certains Pokémon mais globalement assez déçue de sa superficialité. En même temps, peut-on lui reprocher d'être superficiel alors même qu'on n'arrive pas soi-même à déterminer l'ambition du film ? Bref, c'est selon moi un film cool à voir sur le moment mais finalement assez oubliable.

mardi 14 mai 2019

Des blagues sexistes et transphobes dans F.R.I.E.N.D.S ? – Notre perception actuelle des objets culturels passés


Je suis en train de regarder le spectacle Delirious d'Eddie Murphy, disponible sur Netflix. Je coupe au bout de 10 minutes parce que c'est insoutenable d'homophobie. Mon meilleur pote me dit « c'est les années 80 ».


Je regarde un épisode de F.R.I.E.N.D.S, je vois les personnages se moquer une énième fois de l'ancien poids de Monica. J'entends les rires des spectateurs qui s'esclaffent sur chacune des blagues transphobes de Chandler à propos de sa mère. Je ne peux pas m'empêcher d'être mal à l'aise, mais je m'efforce de me rappeler que cette série date de la fin des années 90.


Je regarde TPMP, quand Cyril Hanouna humilie... Non. Non, je ne regarde pas TPMP. Ça va pas bien vous.

Les choses sont comme elles sont : nous avons fort heureusement avancé en matière de bienveillance et d'acceptation des autres. Évidemment tout n'est pas gagné, il y a encore malheureusement beaucoup trop de choses graves qui se passent dans le monde pour croire qu'on a toutes et tous fini par s'accepter, loin de là. Toujours est-il qu'on commence pas mal à avoir évolué sur ces questions là. À s'insurger quand un comportement s'avère purement discriminatoire. Et ça fait du bien. Et il faut continuer dans cette voie.

Quand on fait un travail sur sa propre personne pour essayer d'être le moins problématique possible, c'est-à-dire tenter de ne pas heurter une minorité, une question qui se pose : quid de la culture populaire qui nous a nourri jusque-là ?

Je suis profondément partagée entre l'idée qu'il n'est pas tenable d'avoir la même grille de lecture pour quelque chose qui a été fait à une époque où on avait moins conscience de ces comportements discriminatoires et la cohérence de ce que je regarde, lis ou écoute avec mes principes d'aujourd'hui.

J'étais fan de Scott Pilgrim, l'oeuvre de Brian O'Malley. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que c'était l'histoire d'un mec qui devait vaincre tous les ex de la meuf qu'il voulait conquérir pour pouvoir avoir son cœur. Meh. Comment j'ai pu rire de ça ? Certes, c'était le synopsis pur de l'oeuvre. Mais je ne porte simplement plus le même regard dessus désormais. Parce qu'entre temps, ma curiosité militante est passée par là et qu'il y a des choses que je ne peux plus laisser passer.


« Oui mais aussi on peut plus rien dire ». Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être drôles sans faire de blagues discriminantes, racistes, validistes ou sexistes (parfois les trois en même temps, bingo!). Si l'absence de discrimination est un frein à votre humour, c'est peut-être qu'au fond vous n'êtes pas si drôle.

Il y a aussi les contenus qui en voulant dénoncer quelque chose finissent par heurter un autre combat pour cause de maladresse. Je pense à la chanson Stupid Girls de P!nk sortie en 2005 qui shame clairement les femmes qu'elle considère comme trop frivoles à son goût. Je le reconnais et pourtant vous qui connaissez l'amour que je porte à cette artiste, vous savez à quel point il m'est douloureux de le reconnaître.


J'ignore si c'est la bonne solution mais pour le moment j'essaye de faire le tri entre ces objets culturels. Je tâche de me mettre à la place de la personne qui a produit ce genre de contenu. Est-ce que sa mentalité a changé depuis, est-ce qu'elle a conscience d'avoir fait de la merde à l'époque, même si ladite époque n'était pas propice à la bienveillance ? Si la réponse est oui, alors je me dis que c'est bon. Parce qu'on a tous et toutes le droit de son tromper et de faire du chemin dans sa tête.

Il y a aussi la question de savoir si le contenu était déjà condamné à l'époque. À vrai dire, cette solution me convient beaucoup moins puisqu'elle pourrait être la justification de comportements qui sont inadmissibles en tous temps mais qui pourraient être excusés parce qu'acceptés dans la sphère publique. Ça ne marche pas pour moi.

Cette façon de voir les choses ne tient pas dans l'hypothèse où la lutte contre les discriminations passe par une libération de la parole qui n'est pas toujours facile à atteindre. Soit parce qu'on n'ose pas en parler, soit parce qu'on est obligé de se taire. Il était impensable aujourd'hui pour McFly et Carlito de faire une parodie de rappeurs noirs en faisant une blackface pour leur vidéo Kaarsfly& Boobalito alors que le Palmashow le faisait sans aucun complexe dans le clip Ça m'vener. Pourtant, ce clip date de 2014. Seulement 5 ans. Et on est beaucoup à en avoir ri. Trop, surtout.

Bien sûr il y a les productions qui en font trop, celles qui me sont vraiment impossibles à regarder/lire/écouter. Comme le spectacle d'Eddie Murphy, parce qu'elles rentrent beaucoup trop en conflit avec mes principes et que de toute évidence je sais que je ne vais pas passer un bon moment. Mais j'ai en même temps l'impression de faire de la hiérarchie des souffrances, ce qui n'est pas idéal.

Du coup il est vrai que j'ai du mal à me positionner quand je vois passer des articles ou de threads sur Twitter qui dénoncent telle ou telle série, déterrée des années 2000 ou plus ancienne encore. Parce que notre regard a effectivement pu évoluer. D'un autre côté, je me dis que ce travail d'exhumation est essentiel pour comprendre à quel point nous avons puis intérioriser des comportements discriminants sans jamais se remettre en question.

Ce qui me fait rire, c'est qu'avec tous ces changements de perception je m'étais remise à voir Desperate Housewives, en me disant que ça allait être la cata à cause des clichés qui allaient s'abattre sur la ménagère quadra qui s'occupe de toute sa famille. Et j'ai été agréablement surprise par cette redécouverte. Je ne dis pas que c'est parfait mais pour une série qui semble foncer dans le mur, c'est assez louable.


C'est quoi vos solutions à vous, pour concilier la culture de votre enfance avec vos principes d'aujourd'hui ?


mardi 7 mai 2019

Extravaganza ! - Le Met Gala : Édition 2019


Depuis cette nuit, votre TL est peut être envahie de stars dans des tenues absolument improbables. Tout est normal : hier se tenait la 71ème édition du Met Gala.


Le Met Gala est une soirée caritative qui permet au Costume Institute (ou Anna Wintour Costume Center), l'aile Mode du Metropolitan Museum of Art de New York, de récolter des fonds pour ses activités. Cette aile ne compte pas moins de 33 000 costumes et d'accessoires dans sa collection, collection qui représente tous les continents sur sept siècles d'Histoire. Comprenez donc qu'il s'agit clairement d'un endroit que je rêve de visiter.

Pour en revenir au gala, cette soirée annonce aussi le lancement de la nouvelle exposition du musée, où se rencontrent les figures importantes de la Mode mais également les stars d'Hollywood et de la chanson.

Si l'évènement est l'un des plus attendus de l'année, c'est parce qu'il présente aux célébrités l'opportunité de faire le tapis rouge le plus somptueux qui soit. Chaque édition à son thème. D'ailleurs, vous avez sûrement vu passer l'incroyable édition 2018 avec le thème Corps Célestes : la mode et l’imagination catholique qui explique que vous ayez vu Rihanna en costume de Pape, éblouissant le monde grâce à son époustouflante tenue. À cette occasion, l'Anna Wintour Costume Center avait collaboré avec le Vatican pour l'élaboration de cette exposition.

Rihanna : costume de la Maison Margiela, escarpins Christian Louboutin, bijoux Maria Tash et Cartier et clutch Judith Leiber Couture // Zendaya : tenue de Versace// Katy Perry : costume Versace

Cette année, le thème a pu paraître un peu flou aux yeux de certain·es français·es (moi), ne comprenant pas tout à fait le lien entre toutes ces tenues. À vrai dire, aux premiers abords, la ligne ne semblait pas aussi précise que l'édition 2018. Eh bien figurez vous que si ! Pour cette 71 ème édition, le thème était Camp. L'idée est tirée d'un essai de l'autrice Susan Sontag intitulé Notes on Camp (1964). Selon elle, « l’essence du camp réside dans son goût pour le non-naturel : l’artifice et l’exagération. Le “ camp ” met tout entre guillemets » .

Le concept de Camp a également influencé le cinéma et notamment celui de John Waters qui a réalisé des films tels que Pink Flamingos ou Hairspray (la version de 1988). Andrew Bolton, le curateur du Costume Institute et commissaire de l'exposition a quant à lui repris la définition du terme qui pour lui évoque l'artifice, l'excès ou la théâtralité.

Quant à l'organisation de l'évènement, vous l'aurez compris, Anna Wintour y joue un grand rôle. Si vous ne la connaissez pas, Anna Wintour est depuis plus de 30 ans la rédactrice en chef du célèbre Vogue US.

Elle ne vous rappelle rien ? Non parce que c'est elle qui a inspiré le personnage d'Edna Mode des Indestructibles

Non contente d'être la rédactrice en chef du magazine de mode le plus influent au monde, elle est également présidente du Met Gala. C'est elle qui décide des invité·es, de l'ambiance et de la décoration du lieu.

Évidemment, comme chaque année, j'ai mes petits prefs. J'ai été époustouflée par la tenue de Billy Porter, chanteur et acteur que vous avez peut être vu dans la dernière saison d'American Horror Story. Grand habitué des tenues extravagantes, il avait déjà beaucoup fait parler de lui cette année lors des Oscars et de sa robe smoking absolument ravissante.


Pour cette édition 2019, il est tout simplement venu porté par six hommes dans un costume inspiré par Cléopâtre, tout d'or vêtu. La combinaison et la coiffe ont été confectionnées par The Blonds, les chaussures par Giuseppe Zanotti et le maquillage par l'équipe de Pat McGrath. Y a-t-il vraiment besoin d'en dire plus sur cette magnifique tenue ? Admirez, plutôt.


Lady Gaga a pour sa part réalisé une véritable performance en arborant 4 tenues pour 17 minutes de tapis rouge en se changeant directement face aux caméras. En même temps, quoi de plus naturel pour celle qui incarne la définition même du mot « excentrique » ? Un show incroyable grâce aux tenues créées par Brandon Maxwell.


Si je suis moins fan de la coupe de sa tenue, il faut tout de même noter l'incroyable arrivée de Zendaya qui se l'est joué Cendrillon avec une robe qui s'est illuminée par magie grâce à Law Roach, sa marraine la bonne fée et a même «égaré» sa chaussure de verre sur le tapis rouge ! Les tenues Zendaya étaient signées Tommy Hilfiger et les bijoux Jacob and Co.


Ce que j'aime de plus en plus avec les tapis rouge en ce moment, c'est que les hommes en profitent pour briser les codes et arborer des tenues qui sortent des clichés en déconstruisant les genres. L'exemple parfait est Billy Porter dont je viens de vous parler, mais Cody Fern est également connu pour ça. L'acteur de la dernière saison d'American Horror Story (oui, lui aussi) et de House of Cards m'a encore une fois éblouie par son élégance dans une création de Galliano.


On pourrait parler aussi d'Ezra Miller et de ses 7 yeux qui ont coupé le souffle à pas mal de monde dans une tenue créée par Riccardo Tisci de la Maison Burberry.


Jared Leto n'était pas non plus en reste avec un costume signé Alessandro Michele pour Gucci et sa double tête.


Pour terminer, j'aimerais parler de la tenue de la chanteuse Janelle Monae inspirée par l'univers de Picasso, qui est l'un de ses peintres préférés, et créée par Christian Siniriao qui était également à l'origine de la robe smoking de Billy Porter aux Oscars 2019.


Bref, chaque année le tapis rouge du Met Gala ne cesse de m'éblouir et j'ai déjà hâte de découvrir l'édition 2020 !

mardi 23 avril 2019

Panic ! At The Disco – Du boysband emo aux blazers métalliques


Mardi 19 Mars 2019, il est 20h30 et après un décompte très précis de 10 minutes, Brendon Urie fait son apparition sur scène pour chanter (Fuck A) Silver Lining au milieu des confettis qui ont explosé dès les premières minutes de la chanson. Pas de doute ; je suis à un concert de Panic ! At the Disco.



Question musique, j'ai deux piliers dans ma vie. Deux piliers qui ne changent pas et avec qui j'ai grandi : P!nk et Panic ! At the Disco.

Si vous vous souvenez bien, je vous ai déjà conté mon amour inconditionnel pour P!nk. Si vous ne vous souvenez pas, c'est par ici.

Comme je le disais, il y a donc P!nk et Panic ! At the Disco. Vous allez me dire « Mais enfin She, t'écoutes que des artistes qui ont des points d'exclamation dans leur nom ?! ».
Bon vous n'allez absolument pas me dire ça parce que vous ne l'aviez absolument pas remarqué jusqu'à ce que je vous le dise. Mais si vous étiez poli·es et que vous l'aviez demandé sachez que oui, c'est un critère important (non).

Panic ! At the Disco, c'est un groupe que j'écoute depuis la 5ème. Depuis que j'ai débarqué chez ma meilleure amie qui venait de découvrir deux groupes de rock grâce à une connaissance du Canada : Fall out Boy et Panic ! At the Disco. Et c'est comme ça qu'elle s'est mise à me refiler l'album A Fever You Can Sweat Out, sorti en 2005.


Ils étaient quatre et ils venaient de Las Vegas : Brendon Urie au chant, Ryan Ross à la guitare, John Walker à la basse et Spencer Smith à la batterie. Ils avaient plus de cheveux que de visage et étaient perçus comme le groupe emo du moment.


J'écoute I Write Sins Not Tragedies puis je vois son clip plein de costumes et de paillettes. Je crois que c'est à partir de là que j'ai sombré et que j'ai commencé à porter des noeuds papillons colorés dans les cheveux avec une énorme mèche et un bracelet à piques. En plus à l'époque Audrey Kitching sortait avec le chanteur, autant vous dire LA meuf la plus emo qui soit (même si c'était une scene queen en vérité), c'était raccord.


J'enchaîne l'album et les titres à rallonge. Je ne comprends pas tous les clips (notamment celui où un mime monte un spectacle porno et finit par se battre avec l'amant invisible de sa femme (?!!)) mais j'adore. Mon petit pref de la bande c'est Brendon Urie, pour sa puissance vocale qui dépasse l'entendement et son exubérance folle et celui de ma pote c'est Ryan Ross, plus timide mais tout aussi attachant (pas aussi talentueux mais c'est un autre débat).

Je les écoute en boucle puis on passe au deuxième album : Pretty. Odd. Je suis déçue : le point d'exclamation de leur nom a disparu, les musiques surfent sur un style plus anglais, proche des Beatles. À ce moment là, je n'ose pas le reconnaître, mais le groupe ne me plaît quasiment plus. Pour autant, ils annoncent une date sur Paris au Bataclan alors j'y fonce, toujours avec ma meilleure pote sous le bras, après avoir acheté nos places au Virgin Megastore de Grands Boulevards, pour notre tout premier concert de « grandes », le jeudi 6 mars 2008.


Je n'ai pas aimé ce deuxième album mais ça ne m'empêche pas d'être ravie, d'hurler sur Lying Is the Most Fun a Girl Can Have Without Taking Her Clothes Off, de découvrir une version acoustique absolument géniale de Time To Dance et surtout d'entendre Brendon chanter en live, devant moi, sans cesser de me demander comment il y arrive.


Le point d'exclamation avant tout

Deux ans plus tard le groupe se scinde en deux, suite à des désaccords musicaux. Ryan et John partent de leur côté, Brendon et Spencer restent. Ryan et John voulaient évoluer vers un style plus en accord avec le second album, Brendon et Spencer voulaient innover. Ils gardent le nom du groupe et réhabilitent le point d'exclamation. Je saute de joie, pendant que ma meilleure amie fulmine à cause du départ de Ryan. J'ai parié sur le bon cheval, je suis contente.

Ils sortent un titre, New Perspective, écrit pour le film Jennifer's Body où Meghan Fox trouve normal de manger des gens. C'est sympa, ça met l'eau à la bouche le temps de sortir le troisième album.


Vice and Virtues s'ouvre avec la chanson The Ballad of Mona Lisa et son clip qui fait un bel écho à l'ambiance de I Write Sins not Tragedies version steampunk.


Ils sont de retour, c'est sûr. Je retrouve mon groupe préféré, j'adule Let's Kill Tonight et Hurricane. Je suis apaisée. Ils enchaînent avec Too Weird to Live, to Rare to Die en 2013 où Dallon Weekes (guitariste) devient membre permanent du groupe. 


Leur style a bien changé et j'en suis bizarrement au même point qu'eux (enfin heureusement, je me voyais pas rester emo toute ma vie). Un côté plus moderne, mais toujours aussi cool. Brendon se met à porter des blazers qui brillent, il pète la classe. Je suis fan et je trouve le clip de la chanson This is Gospel génial.


En s'approchant de plus près aux paroles de la chanson, je découvre qu'elle a été écrite par Brendon pour Spencer qui a des problèmes de toxicomanie et d'alcool. Spencer finit par quitter le groupe pour prendre soin de lui et promet de revenir quand ça ira mieux. Dallon Weekes aussi, pour d'autres raisons. Brendon devient le seul membre permanent du groupe. Une chanson, The End of All Things de cet album est consacrée à son épouse, Sarah pour qui il avait déjà écrit Sarah Smiles dans le troisième opus. Les paroles de The End of All Things sont tout simplement ses vœux de mariage.


Bienvenue à Brendon City !


Je sais très bien que Brendon Urie doit sûrement être l'être le plus mégalomane qui existe (sinon pourquoi être le seul membre permanent du groupe ? ) mais devant tant de talent je ne peux que m'incliner. On est en 2016 et c'est la sortie du cinquième album, Death of the Bachelor


Et là, meilleur clip pour Halloween. Emperor's New Clothes est devenue l'une de mes chansons préférées.


Il fait suite à celui de This is Gospel, Brendon y est magistral.
Je retourne en concert, en 2016. Toujours avec ma meilleure amie. Elle n'a pas vraiment suivi la suite de leurs aventures mais elle est toujours aussi contente de les revoir. Brendon a un clavier customisé tout en longueur avec un point d'exclamation géant dessus et que je prends pour un énorme doigt d'honneur à Ryan et John, ça me fait beaucoup trop rire.


En 2018 sort leur dernier album, Pray for the Wicked, qui m'a donc conduite à ce dernier concert, en 2019. Je suis au Zénith, toujours avec elle, entourée d'un public qui a surtout l'air de connaître les derniers albums mais qui a l'air de kiffer tout autant que nous.




Si j'ai eu envie d'écrire cet article, de vous raconter l'histoire de ce groupe, c'est surtout parce que je tenais à vous le faire découvrir, au-delà de sa simple apparence de groupe d'emos, à l'époque. Je voulais aussi vous montrer à quel point ce groupe est lié à une des plus fortes amitiés que j'ai pu vivre.


Je suis tout simplement admirative de Brendon Urie. Je suis fascinée par son acharnement au travail, son univers créatif et son engagement (une association pour les LGBTQI+ et les victimes de racisme).


En fait ce que je trouve génial avec Panic ! At the Disco, c'est qu'au début, je pensais que ce ne serait qu'un groupe de plus sur mon Ipod Nano, même si je trouvais ça très cool et que leur univers m'intéressait. Une sorte de boysband emo et c'est tout. Mais plus les années passaient, plus j'ai vu le groupe évoluer et devenir quelque chose de plus intéressant. J'ai la sensation d'avoir grandi avec eux, du moins avec Brendon Urie.

Ça sonne groupie et à vrai dire je m'en fous. Je m'en cache pas, je suis fan.

J'aimerais bien que vous me racontiez les groupes avec qui vous avez eu la sensation de grandir, qui ont eu un impact important sur vous. Vous les écoutez toujours ?


mardi 16 avril 2019

Parlons grossophobie – « Gros » n'est pas un gros mot


Il y a certains livres qui mériteraient d'être disponibles dans tous les collèges et lycées. Tel était le cas pour Le Grand Mystère des Règles de la talentueuse Jack Parker dont je vous ai déjà parlé ici. « Gros » n'est pas un gros mot est de ceux-là.


Grossophobie (nom féminin) : ensemble des attitudes hostiles et discriminantes à l'égard des personnes en surpoids.

Si vous n'êtes pas en surpoids, il est tout à fait probable que vous n'ayez pas conscience de la violence de notre société envers les personnes qui le sont : nous n'acceptons pas les gros·ses. Non seulement victimes de préjugés, de rumeurs, ils/elles doivent également se démener pour s'habiller, se soigner, trouver du travail et encore bien d'autres choses. On imagine les gros·ses fainéant·es, seul·es responsables de leur situation. Mais est-ce que l'on sait si ce surpoids n'est pas lié à une maladie ? À un trouble psychique ? À n'importe quel autre élément déclencheur ? Et en fait, même si tout cela n'est lié à rien, qu'est-ce qui nous laisse croire que l'on peut juger autrui sans vergogne ?

On ne se pose pas la question

On ne se pose pas la question de savoir jusqu'à quelle taille vont les fringues que nous achetons.
On ne se pose pas la question de savoir comment les gros·ses font pour passer un scanner à l’hôpital alors même qu'on se sent déjà à l'étroit.
On ne se pose pas la question de savoir si les gros·ses peuvent s'asseoir dans des sièges à accoudoirs inamovibles.

On ne se pose pas la question, et c'est bien ça le problème.

Pas de remise en question, pas de compassion. Pourquoi ? Parce qu'on a grandit dans l'idée qu'être gros·se n'est pas la normalité et que de ce fait il n'y avait qu'à perdre du poids pour être de nouveau accepté·e.

Ce livre, sorti il y a bientôt un an, n'a pas pour ambition de glorifier l'obésité. Ce livre a pour ambition de faire prendre conscience aux gens une réalité qui leur paraît invisible. De mettre des mots sur ce qui n'a jamais été dénoncé.

Crédit photo: Jérôme Bonnet pour Libération

Daria Marx & Eva Perez-Bello, les formidables autrices de ce livre, oeuvrent déjà depuis plus longtemps à la lutte contre la grossophobie. Elles ont fondé le collectif Gras Politique leur permettant d'organiser des évènements pour informer, dénoncer, soutenir et réunir. Leur travail est essentiel et important.

J'ai été outrée par les témoignages parsemés tout au long du livre, de l'agressivité avec laquelle les gens interagissent avec les gros·ses. Comme si leur poids leur retirait toute sensibilité, alors qu'on ne s'imaginerait pas s'adresser comme ça aux gens dans la rue. Enfin je ne sais pas, les personnes qui jettent des regards noirs à une grosse en train de s'acheter un panini au fromage à la boulangerie fait-elle la même chose avec le client juste après, qui commande un truc tout aussi gras mais qui est svelte ? Je pose la question mais je connais la réponse : non. 

Comment un être humain normalement constitué peut-il s'adresser à un autre être humain normalement constitué en lui interdisant de monter dans un métro parce qu'il est bondé, à cause de son poids ? De quel droit ?

Croyez-moi bien, j'avais quelques soupçons sur la difficulté des gros·ses à vivre dans notre société mais il m'a bien fallu ce livre pour mesurer l'ampleur des dégâts.

Discrimination à l'embauche, mépris du personnel soignant, achat forcé d'une deuxième place en avion en fonction du poids, « Gros » n'est pas un gros mot fait l'état des lieux de cette réalité réduite au silence. Il permet également de rappeler l'importance de la compassion et des rôles modèles.

Je le disais en intro: ce livre est à mettre entre toutes les mains. Si les gros·ses y trouveront un refuge et un soutien, il est primordial que ce livre soit également lu par les personnes qui justement ne se sentent pas concernées. Histoire de s'informer et de ne plus être complice de ce climat hostile.