mardi 9 octobre 2018

Contraception féminine – L'histoire d'un sacré ras-le-bol


Le lundi 24 septembre dernier c'était la journée mondiale de la contraception. Un thème qui m'a bien fait rire, assez tristement d'ailleurs parce qu'en fait, en tant que femme, j'ai un sérieux problème avec la contraception féminine.

Soyons clairs, je ne blâme à aucun moment l'idée de contraception ou même le concept de cette journée, puisqu'elle est capitale pour qui ne souhaite pas concevoir à sa prochaine partie de jambes en l'air. En revanche ce que je ne cautionne pas, et ce depuis des années, c'est le flot d'informations contradictoires dans lequel sont noyées les personnes pourvues d'un appareil reproducteur féminin. Parce qu'on ne va pas se le cacher : c'est un bordel sans nom.

Moi quand j'essaye de me renseigner sur la contraception, fig. 1.

Bien entendu, avant d'entrer dans le vif du sujet je tiens à le signaler : je ne suis en aucun cas une professionnelle de la santé. Il s'agit simplement d'un article basé sur mon expérience personnelle et j'invite tout professionnel à m'envoyer des messages si cette personne a des informations fiables à me confier (j'ai l'impression d'être une vraie bloggeuse en disant ça, hihi).

" Élo tout le monde j'espère que vous allez bien "

Nous avons la chance de vivre dans une société qui nous informe correctement sur ce genre de questions et surtout qui laisse la place au débat, démocratie oblige. Et c'est tant mieux. Toute ma vie, je me souviens avoir été sollicitée que ce soit dans mon parcours scolaire, chez le médecin ou sur le net, par la contraception ou plutôt l'importance de choisir une contraception qui nous correspond (bien sûr quand je dis sur le net je ne parle pas des sites chelous.org).

La dernière fois que je suis tombée dans le piège d'un site anti ivg

Contraception hormonale, mécanique, à mettre au frigo ou à changer tous les 5 ans, bref, nous disposons d'une pléthore de moyens pour ne pas enfanter et se protéger des maladies ou infections. C'est quelque chose de super en soi, nous avons le choix, nous pouvons tout tester et voir ce avec quoi nous nous sentons plus à l'aise, comme avec les chaussures.

Là vous voyez, l'implant contraceptif a l'air de lui convenir bof.

Alors que je pensais être quelqu'un de plutôt très bien informé sur le sujet, plus je me renseigne, et plus je me sens perdue à ce niveau là. Bien sûr, l'information elle-même m'est toujours accessible ; je n'ai pas disparu dans une grotte sans aucun accès à l'électricité (vous êtes pas en train de lire cet article gravé dans la roche, quoi -ouais je glisse des petites ref comme ça par ci par là). Mais je n'en peux plus des contradictions qui gangrènent la véritable information.

Après m'être longtemps contentée de préservatifs masculins, je me suis intéressée à la pilule hormonale une fois que j'ai eu une relation stable et sérieuse (c'est-à-dire que j'étais dans une relation de confiance et que mon partenaire et moi avions fait nos tests de dépistage, n'est-ce pas). Un monde merveilleux. Déjà, pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, qui dit pilule hormonale dit roulette russe des effets secondaires. Quelle joie de chercher à se protéger et par la même occasion d'augmenter son taux de mauvais cholestérol ou de prendre du poids, de perdre sa libido, d'avoir une phénoménale poussée d'acné (super moment), ou encore de changer de caractère. Vous me direz c'est normal, si on cherche à contrôler son corps, il finira pas réagir et on peut dans ce cas s'attendre à un retour de bâton. En fin de compte, il « suffit » de tester pour voir ce qui marche.

Je voulais caler un gif de Dewey de Malcolm qui dit "toi tu vis, toi tu vis, toi tu crèves" mais après 10 bonnes minutes d'infructueuses recherches j'ai fini par abandonner. Je suis déçue mais vous avez l'image. Riez maintenant.

La pilule est un moyen de contraception qui a fait couler beaucoup d'encre (et qui continue de le faire). Un coup le corps médical me dit que je devrais éviter les pilules de 3ème et 4ème génération qui ne sont pas remboursées, un coup on me dit que je peux y aller les yeux fermés. De manière générale, on me dit que la pilule n'est pas dangereuse pour le corps, le lendemain on me dit que je risque cancer du sein et mort imminente.


Les études ne cessent de se contredire, les médecins aussi, personne n'est jamais d'accord et c'est insupportable. En vous parlant de ça, je me rappelle d'ailleurs du bon gros clash entre Michel Cymès, cette délicieuse personne (non) et Martin Winckler (le sang) suite à une déclaration de Cymès à la télé « Hors de la pilule, il n'est point de bonne contraception ». Ce à quoi avait répondu Winckler dans un livre en disant qu'il était scandaleux de dire une chose pareille, ce qui s'était soldé par un procès pour diffamation que Cymès a perdu (cheh).

Une archive du procès.

Ce que je veux dire par là, c'est que la question gynécologique féminine est l'un des sujets de société les plus contradictoires qui soit, si ce n'est le plus contradictoire.

Je ne vous parle même pas de la pilule de lendemain, cette contraception d'urgence qui non contente d'impliquer une situation particulièrement stressante de base, vous permettra à coup sûr de croiser le chemin de gentil.le.s pharmacien.ne.s qui ne manqueront pas de vous juger à la caisse de leur établissement sachant que « oh mon dieu vous n'étiez pas correctement protégé.e lors de votre dernier rapport » (vécu, et pas seulement par moi).

Gif qui collait parfaitement à ce passage et je crois qu'il fera aussi beaucoup de bien à tout les gens qui regardent GoT.

À un moment de ma vie, persuadée que la pilule aller me faire crever d'une minute à l'autre, j'ai commencé à m'intéresser au stérilet. Encore mieux. Le stérilet était plein de promesse : plus fiable que la pilule, possibilité de se murger la gueule et gerber comme bon me semble sans qu'il y ait de danger pour ma protection, pas d'effet secondaire. Qu'il soit en cuivre (avec une action mécanique) ou hormonal (bien bien BIEEEN moins dosé que la pilule), ce petit objet semblait cocher toutes les cases pour devenir mon nouveau petit pote.
Quant tout à coup, les gynécos.

Le stérilet est je pense le moyen de contraception le plus débattu là où tout le monde semble avoir à peu près foutu la paix à la pilule (le mérite-t-elle pour autant, je n'en sais rien, bonheur, ha). Combien de fois j'ai entendu « les stérilets sont interdits aux nullipares » (cf : personnes qui n'ont jamais eu d'enfant) ou « les stérilets ne protègent pas réellement et causent des grossesses extra-utérines ». Il semblerait que le DIU (Dispositif Intra Utérin, autre nom du stérilet), ait connu des heures un peu sombres à ses débuts, à un moment où il n'était effectivement pas prévu pour les personnes n'ayant jamais eu d'enfant. Mais il apparaît maintenant que de nouveaux stérilets soient arrivés sur le marché, et ce depuis bien longtemps et que donc la question soit définitivement réglée.

Mais alors dans ce cas expliquez-moi pourquoi est-ce que c'est la croix et la bannière pour trouver un.e gynécologue qui accepte de poser un stérilet aux nullipares ? Pourquoi est-ce que les personnes pourvues d'un système reproducteur féminin sont obligées de s'échanger les noms de gynécologues comme si elles s'échangeaient les coordonnées de dealers ? Et pourtant on est en France, bordel. Un pays qui semble pourtant si éloigné de toutes ces questions. Sans comparer la gravité de la situation (et encore!) la question du stérilet me semble nous ramener à l'époque où les femmes s'échangeaient le nom des personnes acceptant de pratiquer des avortements. Et je trouve la situation plus qu'alarmante.

Coucou les gynécos débiles, vous me contacterez quand vous serez arrivé.e.s en 2018.

Pour tout vous dire, j'avais tout trouvé pour le DIU : les réponses à la plupart de mes questions qui me paraissaient fiables, des oreilles attentives m'informant correctement et surtout des médecins tout à fait enclins à emprunter ce chemin. Mais une dernière question subsistait : quid de l'alliance stérilet et cup ? (je parle en latin, on sent que je suis pas totalement guérie de mes années de Droit, bon sang).

Et oui, en bonne écolo (je tente hein), je me suis mise il y a de ça quelques années à la cup. Mais le stérilet étant très précisément placé dans l'utérus et la cup produisant parfois un effet « ventouse », les débats reprennent de plus belle sur l'association de ces deux dispositifs qui me paraissaient pourtant à la base être le combo parfait.

« Non votre stérilet ne bougera pas », « oui effectivement, il vaut mieux éviter ». Une fois encore, tout et son contraire ne faisant que me mener à un tas d'interrogation qui ne m'avance pas plus qu'au moment où je découvrais ce moyen de contraception.


Est-ce que certain.e.s gynécologues sont « vieux jeux » ? Est-ce que ce sont les lobbies qui font pression ? Qui a raison et surtout auprès de QUI puis-je trouver une information FIABLE qui ne me mette pas en danger ou qui du moins m'informe OBJECTIVEMENT de ce à quoi je m'engage en testant une nouvelle contraception ?

Je ne doute pas qu'il existe des réponses objectives à la contraception féminine. Je ne comprends simplement pas pourquoi tout en nous assénant d'injonctions à l'information on trouve tout et son contraire, surtout auprès du corps médical qui est pourtant CENSÉ rester le plus neutre possible (hahahahahahahahahahahahaha). Pourtant, tout ce que ces années d'informations m'ont amené apporté, c'est de me poser encore plus de questions tout en ayant le sentiment d'être perdue.

La contraception et plus précisément la contraception féminine concerne tout le monde, même les gens qui n'ont pas d'utérus si tant est qu'ils aient des relations avec d'autres gens qui en ont. Alors pourquoi un sujet aussi fondamental nous conduit à un flou aussi total que celui dans lequel nous baignons actuellement ? Et surtout, pourquoi est-ce que j'ai l'impression que ces contradictions évoluent dans l'indifférence générale ?


Bon c'est bon, je crois que j'ai fini de gueuler.




Et puis faites vous dépister aussi, c'est important. Bisous.

mardi 2 octobre 2018

Une colo de vidéastes- Le Frames Festival


Ah le Frames Festival, quelle éclate ! Un festival consacré à la création de vidéos sur Internet qui nous permet d'apprendre plein de choses sur la réalisation, les partenariats et toute autre question liée à l'univers de la vidéo internet avec plein de gens très sympas et talentueux, que demande le peuple ?


L'évènement a vu le jour il y a trois ans, imaginé par la Boîte, une asso que dirige Gilles Boussion et qui compte parmi ses bénévoles notamment François Theurel (Le Fossoyeur de Films) Patrick Baud (Axolot) et Thomas O'Brien (un photographe bien connu de la toile). 2 jours de conférences, de tables rondes et d'apartés sur divers sujets d'Internet ou d'ailleurs avec des vidéastes plutôt issu.e.s de la catégorie culture de YouTube. 2 jours pour les participant.e.s, oui, mais en réalité 4 jours puisque les jeudis et vendredis sont consacrés aux invité.e.s seulement qui peuvent assister à des journées pro avec des conférences plus approfondies sur le sujet.

Beaucoup d'invité.e.s vous diront que c'est un évènement qui ressemble plus à une colo plutôt qu'à une convention enchaînant les conférences. Pour ma part, c'était ma première fois là-bas, même ma première fois à Avignon tout court (très jolie ville soit-dit en passant mais bordel qu'est-ce que la vie y coûte cher -et c'est une parisienne qui dit ça).

J'ai eu la chance d'y être invitée avec la team des Internettes et je ne suis absolument pas déçue du voyage !

D'autant plus que ce festival a la particularité de ne pas se trouver dans un grand hangard comme dans les autres conventions comme par exemple la Japan Expo ou le Salon de la Photo. Non, Frames se passe dans tout Avignon : au Palais des Papes, dans des salles de conférences, des théâtres et des restaurants, ce qui est franchement agréable puisqu'on y découvre forcément la ville en se rendant à une conférence puis à une autre.


Bof dégueu le Palais des Papes.

Avec l'asso, nous avons participé à cinq interventions ce week-end:


Samedi - 13h

« Pourquoi les créateurs ont besoin d'un syndicat ? » - Podcast NoTube animé par Vincent Manilève pour Binge Audio




Avec Guillaume Hidrot, François Descraques, Amélie notre prez' et Sophie-Marie Larrouy pour une chronique. Nous avons discuté de la création de la Fédération française de la création audiovisuelle diffusée sur Internet (ou la Fédé pour faire plus court) avec donc Guillaume Hidrot, coordinateur de ce syndicat. L'enjeu était ici de comprendre pourquoi le paysage vidéo d'Internet avait besoin d'une telle alliance.



Samedi - 16h15

"Comment s'en battre les gonades du regard des autres ? " - Table ronde animée par Mymy de Madmoizelle


Avec Queen Camille de Mad, Sophie-Marie Larrouy et Raphaëlle, notre graphiste. La question ici était de savoir non seulement comment ne pas se préoccuper de la réaction des gens malveillants face à nos décisions mais également de notre entourage et surtout notre entourage proche qui peut parfois nous freiner malgré lui. J'en ai retenu que Queen Camille est une machine à punchlines et que SML tient absolument à nous voir en slip (et à interviewer Benoit Hamon pour son podcast À Bientôt de te revoir). Beaucoup de bienveillance, d'honnêteté et de larmes pour cette table ronde. C'était fort et beau.

« Vous êtes assez »
Queen Camille


Samedi – 18h10 + Dimanche 11h

« Comment créer sa chaîne Youtube ? » - Aparté des Internettes en conférence gesticulée – Éléonore Maugeais (notre coordinatrice de projets) et moi-même

Une conférence gesticulée est une intervention avec des vibes théâtrales qui suppose aussi une interaction avec le public. Étape par étape, nous avons repris la façon de créer sa chaîne YouTube en donnant tous nos conseils et en diffusant une liste de ressources à la fin. Je jouais une meuf qui souhaitait se lancer sur le YouTube Game et qui se posait 1 000 questions. Léo quant à elle était la bonne copine qui me donnait des conseils avec le public. Mise en scène oblige, j'ai commencé cet aparté littéralement en PLS, ce qui m'a permis de réviser mon PSC1 (et aussi à plein de gens de faire des photos de moi dans une position douteuse, ahem).


J'ai pas de photo HD de l'aparté alors voici une photo de Léo que j'ai aussi photographié ce week-end !

Dimanche – 15h

« L'impact social sur le web » - Table ronde animée par Amélie des Internettes



Avec Mélanie (notre responsable masterclass et potichiens), Charles Villa de Brut., Vincent de Partager C'est Sympa et Klaire fait Grr (et son 38 de fièvre). Chacun.e des intervenant.e.s a eu un véritable impact au travers d'une campagne lancée sur le web : Les Internettes avec #MonCorpsSurYouTube , Brut avec le voyage des influenceurs et influenceuses en Tanzanie pour lutter contre la déforestation avec le moteur de recherche Ecosia, Partager C'est Sympa qui a lancé un siège de l'hôtel de ville de Lyon pour dénoncer l'effondrement de la biodiversité et le dérèglement climatique et enfin Klaire fait Grr qui avait interpellé Marion Maréchal Lepen au moment des élections régionales en 2015 puisqu'elle avait annoncé dans son programme pour la région PACA l'arrêt du financement du Planning Familial. Pour la petite histoire : Klaire avait reçu énormément de commentaires haineux sous cette vidéo. Et comme c'est une personne géniale qui ne se laisse pas abattre elle a décidé de publier un recueil de tous ces commentaires et les vendre pour une somme symbolique. L'argent réuni a intégralement été reversé au Planning Familial (14 000 euros !). Une discussion ultra intéressante qui permet de se rendre compte que la parole prise sur Internet n'est pas qu'une simple parole en l'air et peut parfois véritablement amener à faire bouger les choses.


En y allant en tant qu'invitée, il faut retenir quelque chose en tête: on n'aura pas le temps de tout faire. Ce qui est je pense (et surtout ce que d'autres pensent) bien plus reposant que d'être participant.e où on a la possibilité de tout faire d'où une certaine frustration de ne pas pouvoir se dédoubler. À ce moment là on part avec l'idée que de toute façon on ne pourra pas vraiment y assister, alors les autres conférences ne seront que du bonus. J'ai donc eu la possibilité de me rendre à deux interventions, le dimanche :

Dimanche – 13h30

« Balade autour du XVème siècle avec une guitare » - Confessions d'Histoire



Confessions d'Histoire nous a donné des explications de chansons de Brassens ou Léo Ferré basées sur des poèmes anciens comme avec l'analyse du poème de François Villon Balade des dames du temps jadis (1460). Un moment très enrichissant et drôle !



Dimanche – 17h 30

Floodcast en Public, épisode 14 – Animé par Florent Bernard et Adrien Ménielle



Avec Bruno Muschio (Bref, Bloqués, Serge Le Mytho), Valentin Vincent (Les Emmerdeurs), Patrick Baud. Vous le savez si vous avez lu cet article, j'adore cette émission qui me fait beaucoup trop rire. Habituellement enregistrée en privé, cette fois-ci nous avons eu droit d'y assister au Palais des Papes, un lieu incroyable. Le thème principal de ce numéro tournait autour de l'honnêteté et du mensonge. Il y a également eu le jeu du Jean-Marie Bigard et celui du Eddy de Pretto (mon petit pref). Bref, j'étais ravie.



Mélanie, la plus mignonne

Vous l'aurez compris, j'ai passé un week-end formidable. J'ai surtout passé d'excellents moments avec ma team, j'ai fait un tour de manège et mangé des makis flottant sur un faux étang, j'ai dansé comme jamais en chantant hurlant très fort et organisé des minis séances photos parce que j'ai vu des trucs colorés suspendus dans les airs à la Collection Lambert.

Marie, notre formidable trésorière et co-fondatrice de l'asso

J'y retournerai sans hésiter même en tant que participante. J'émets juste une réserve sur le concours de vidéos organisé par le festival où j'ai regretté qu'aucune femme vidéaste n'ait été primée parmi les cinq lauréats... (mais présentes dans la sélection).

Quoi qu'il en soit, je remercie toute la team de Frames pour l'invitation et l'organisation (Gilles, Samantha, Julie, Fred, François, Patrick, François, Vincent, Jimmy, Bernard, Mathieu, Virginie et Guillaume), tous les bénévoles qui ont été aux petits soins et qui ont grandement contribué au succès de l'évènement, ÉNORME big up et merci à Mathieu notre « nounou » pour le week-end qui a été tout simplement fantastique et qui nous a même organisé une séance photo avec Thomas O'Brien le dimanche, aux invité.e.s pour leur ouverture d'esprit, leurs interventions et leur disponibilité et bien sûr les participant.e.s qui ont été d'une gentillesse folle.

Mathieu, le best



Merci Mathieu pour la photo !

mardi 25 septembre 2018

#GIRLBOSS - La glorification d'une donneuse de leçons sous couvert de glamour et de paillettes

Vous avez peut être déjà entendu parler de Sophia Amoruso ou plutôt de son livre, adapté en série : #GIRLBOSS ? Traînant dans l'univers de la blogosphère depuis un certain nombre d'années, je peux vous dire que les bloggueuses, elles, ne l'ont pas raté. Je me souviens, pendant des mois, cette espèce de « Girlboss mania » où chacune, à tour de rôle, chantait les louanges de ce bouquin et ça m'a forcément donné envie de m'y intéresser.


Sophia Amoruso est une jeune entrepreneuse qui a fait fortune en fondant la marque Nasty Gal, une boutique en ligne de vêtements vintages. Si à l'origine il ne s'agissait que d'un simple compte de vendeur Ebay, Nasty Gal a connu une croissance fulgurante qui a mené sa fondatrice à la célébrité.

Du fait de son succès, Sophia Amoruso a écrit un livre, intitulé #GIRLBOSS. Puis son histoire a été adaptée en série sur Netflix (annulée au bout d'une saison). J'ai vu la série, que j'avais trouvé assez cool malgré le caractère merdique de Sophia. 




Puis j'ai lu le livre, que j'ai tout simplement détesté. Il fallait donc que je vous en parle.

En parfait gourou de l'entrepreneuriat, Sophia Amoruso nous raconte dans son bouquin comment elle a fait pour réussir en nous rappelant à quel point elle sortait des sentiers battus.


Il faut dire qu'aux États-Unis, les gens raffolent des selfmade men/ women, à savoir celles et ceux qui ne sont parti.e.s de rien pour finir à la tête d'une fortune colossale. Et Sophia Amoruso avait absolument tout pour plaire : décrocheuse scolaire, enchaînant les petits boulots galères pour tout à coup se trouver à la tête d'une entreprise plus que fructueuse. Une histoire qui peut faire rêver pas mal de monde (mais pas tout le monde, soyons honnêtes).

Ça fait des mois que j'ai envie de vous écrire cet article. Des mois parce que je n'arrivais pas à avancer, excédée par son ton, ses conseils et sa vanité. Et plusieurs choses m'ont énervées en lisant ce livre.



Alors comme ça, vous voulez devenir une #GIRLBOSS ?

(Littéralement le titre du 1er chapitre, hum)

Tout d'abord, à chaque fois que l'autrice s'adresse à nous (aux femmes seulement, d'ailleurs), elle nous appelle #GIRLBOSS. Certes, quel formidable coup marketing que d'intégrer son hashtag directement au récit pour que les lectrices s'identifient directement et puisse prêcher la bonne parole sur les réseaux sociaux. En cela, je ne m'étonne même pas du ras-de-marée que la sortie du livre avait provoquée à l'époque. Sauf que pas de bol, j'ai horreur qu'on m'infantilise quand on s'adresse à moi. Vous savez, comme quand le programme Jeune d'un service vous tutoie ?

Absolument pas moi en lisant rien que le premier chapitre

Une fausse idée de libération

Sophia Amoruso nous raconte en 204 pages son expérience en se félicitant de ne jamais être passée par une grande école et d'avoir été une marginale. Elle s'acharne, tout au long du livre à faire passer le message que n'importe qui peut réussir le pari que représente une entreprise et attribue une bonne partie de son succès au fait de ne pas rentrer dans les clous. Sauf que l'autrice semble oublier quelque chose d'important : si elle ne rentrait effectivement pas dans les clous à l'époque de sa boutique Ebay, force est de constater qu'elle est désormais « bien rangée », sans que rien ne dépasse.

L'histoire des fauteuils Herman Miller

Page 98, l'autrice nous raconte qu'avec ses propres sous, elle s'était acheté un fauteuil de la marque Herman Miller (assez couteuse) pour se récompenser de son travail (même si elle l'avait pris d'occasion, pense-t-elle à justifier). Elle n'était pas la seule à avoir besoin de s'équiper d'un nouveau fauteuil de bureau puisque toute l'entreprise en avait besoin. Avant que la commande de nouveaux fauteuils soient passée, l'autrice a pris une semaine de vacances. À son retour, elle découvre avec horreur qu'en son absence tous les sièges de bureaux avaient été remplacés par des Herman Miller. Constatant avec horreur ce changement, elle cherche à les retourner, ce qui était impossible et explique que c'est son administrateur qui a finalement passé 6 mois sur un site d'occasion à revendre chacun des fauteuils, parce qu'après tout « pas question de laisser les stagiaires rouler d'un bout à l'autre de leur bureau sur ces trucs-là ».

Ce que souhaite montrer Sophia Amoruso dans ce passage, c'est que l'entreprise étant encore à ses débuts, il fallait encore se serrer la ceinture et se payer des fauteuils aussi luxueux serait la même chose que de crier victoire alors que la course n'est pas finie. Et même si j'entends tout à fait ce raisonnement, j'ai trouvé extrêmement violente cette petite phrase sur les stagiaires qui démontre quand même un certain mépris hiérarchique même si elle s'évertue tout au long du livre à s'en défendre et en vantant les mérites de son entreprise.

En plus ils ressemblent à rien ces sièges.

Des conseils à côté de la plaque

« Il est donc important de mettre 10% de votre salaire de votre côté de façon régulière »
p.150
Ce que je peine à croire, c'est comment une personne qui a connu des périodes de disette au point de ne pas pouvoir soigner sa hernie puisse penser ainsi. Alors bien sûr, mettre de côté n'est pas une idée idiote en soi, bien sur que ça permet d'être plus tranquille en cas de galère. Mais combien d'entre nous peuvent-ils réellement se permettre de mettre 10% de côté ?! Certes, c'est un ouvrage avant tout destiné pour les États-Unis, mais je ne crois pas que les niveaux de vie français et américain soient si différents que ça. Conseiller de mettre 10% de côté chaque mois c'est nier la véritable détresse de certaines personnes qui peinent tout juste à manger tout au long du mois.




Un effrayant culte de la personnalité (attention, perle)

« À trois ans, j'étais un haut-parleur. Quand il y avait de la musique sur notre chaîne stéréo, je me mettais dans un coin de la pièce comme une statue, la bouche ouverte, prétendant que les sons émanaient de moi. À quatre ans, j'étais un appareil photo. Je prenais des clichés avec mes yeux, cadrant l'image dans mon champ visuel puis clignant des yeux à personnifier des objets inanimés dès que l'occasion s'est présentée. Mais je n'ai jamais fait tapisserie ».
p. 175

Entendons-nous : je n'ai rien contre l'estime de soi et je trouve ça plutôt admirable quand les gens arrivent à dépasser leur syndrome de l'imposteur, parce qu'il s'agit d'un véritable fléau pour son épanouissement personnel et surtout parce qu'il y a bien des domaines dans lesquels je n'ai pas réussi à le combattre, malgré mes efforts. Pour autant, je ne porte pas tellement dans mon coeur les gens complètement imbus de leur personne. En même temps je me demande qui tolère un tel comportement ? Bref. En lisant ce passage, j'ai lâché un ricanement dans le métro en me disant « mais non, elle a pas osé ? ». Il y a certes des passages où j'arrive à discerner l'humour de l'autrice, je vois bien qu'elle ne pense pas ce qu'elle dit quand elle se vante, mais clairement ce passage était premier degré. En fin de compte, c'est son audace qui m'a littéralement sidérée. Et surtout, j'ai du mal à comprendre son discours qui paraît si contradictoire. Elle tente de nous convaincre que c'est à la portée de tout le monde de mener une entreprise au succès (sous peine de s'en donner les moyens seulement) tout en soulignant à quel point elle est exceptionnelle et se convainc qu'elle était destinée à de grandes choses même si ça semblait mal parti pour elle.

Comment j'ai vécu le discours de Sophia Amoruso, gif tout à fait transposable à tous les profs de Droit de ce pays

Si vous êtes mal fringué.e.s, c'est normal que les gens soient malveillants avec vous

« Si je vous vois en soirée en train de boitiller comme un poulain blessé, j'aurai envie de vous bousculer. En fait, je vous bousculerai, et si je suis capable de faire ça, c'est que vous avez échoué à vous approprier quoi que ce soit ».
p. 195

Dans ce passage sur l'appropriation du style, Sophia Amoruso explique à quel point il est important d'avoir fière allure pour se donner toutes les chances d'atteindre ses objectifs. C'est donc tout naturellement qu'elle enchaîne avec ce passage sur les gens mal habillés qu'elle a envie de brusquer parce qu'ils n'ont pas d'allure. Je crois que c'est à ce moment là que je me suis dit qu'il n'y avait presque rien de bon à tirer de ce foutu livre. Ça m'a juste outrée, en fait. Purement et simplement.

Ambiance Lolita Malgré Moi

Je vous passe les citations mielleuses en début de chaque chapitre et de section - dont celle de Trump. Bon, à sa décharge quand le livre était sorti nous étions en 2014 et il était encore loin d'être président ou même de s'être positionné politiquement (il annonce sa candidature en juin 2015). Toujours est-il que j'ai été extrêmement déçue par ce livre. Ce que j'ai retenu de son histoire, en somme, c'est qu'elle nous encourage à entrer dans le moule, même si elle ne le dit pas avec ces mots.

Par ailleurs, il faut aussi souligner que la marque Nasty Gal s'est déclarée en faillite en 2016 pour être finalement rachetée par le groupe Boohoo en février 2017. Ce n'est donc plus Sophia Amoruso qui est à la tête de la boutique. Loin de moi de me réjouir de l'échec des autres tout en gardant à l'esprit que le monde des affaires est cruel et que parfois les choses ne tiennent qu'à un fil, j'ai tout de même trouvé que l'excès d'assurance dont elle fait preuve dans le bouquin n'est pas tellement justifié si on en croit l'actualité.

En définitive, même si quelques suggestions peuvent quand même être sauvées de son discours pédant au possible, je ne crois pas qu'il vaille vraiment la peine de s'attarder sur ce bouquin. Du coup merci mais non merci.

Bon, je crois que vous avez compris que j'ai bof aimé ?

mardi 18 septembre 2018

Comment ça t'as pas vu ce film ? - Entre injonction et bienveillance mal placée


Si vous êtes un.e lecteur.ice assidu.e de ce blog, vous avez du sentir que je tournais un peu autour d'un sujet sans jamais vraiment m'y atteler, ne sachant pas encore comment poser les mots sur une situation qui me dérange depuis bien longtemps(ici ou ici par exemple).

J'ai en horreur l'injonction à la culture. Vraiment.

Petite mise en situation :


« Comment ça t'as pas vu E.T*? »


« Non mais je te parlerai pas tant que t'auras pas lu la Servante Écarlate* »


« Mais c'est un scandale que t'aies pas encore regardé Breaking Bad *! »

À chaque fois que j'ai avoué n'avoir vu aucun Miyazaki

J'imagine que ça vous dit un truc, non ? On a tous et toutes déjà entendu ces petites phrases. Vous l'avez peut-être même déjà fait vous-mêmes, d'ailleurs. Personnellement, je sais que je l'ai fait... Avant que je ne réalise que c'était tout à fait insupportable.

Ma tête quand on me fait un laïus sur la nécessité de voir une série "SUR-LE-CHAMP"

Oublions les snobs qui se considèreront au dessus de vous parce que vous n'avez pas vu le dernier Lars Von Trier*, ceux là sont facile à fuir, puisqu'ils agissent simplement en parfaits gros cons et qu'il s'agit très clairement de personnes nuisibles pour vous. Je vous parle de votre entourage, de vos amis et de leur bienveillance mal placée.

Fig.1 Expression d'un snob typique à éviter

J'entends par bienveillance mal placée le fait que ces gens proches de vous ont tellement envie de vous partager les belles choses qu'ils découvrent qu'ils veulent absolument que vous suiviez leurs traces.

En écrivant, je me rends compte que ça sonne un peu comme un avertissement « méfiez-vous de tout et de tout le monde, ne comptez que sur vous ». Sauf que non, pas du tout. Loin de moi cette idée.

En fait ce que j'aimerais, c'est qu'on arrête de juger les autres et les mettre dans des positions inconfortables parce qu'ils n'ont pas vu ou lu les mêmes choses que nous. Certes, il ne s'agit pas de traumas insurmontables ou de trucs qui vous paralyseront toute votre vie. Mais je connais suffisamment de gens qui trouvent ça insupportable pour avoir eu envie d'en parler ici.

Et en y repensant, j'ai jusqu'à très tard pensé que j'avais un tas de choses à « rattraper ». Mais pas parce que c'était quelque chose qui m'intéressait véritablement, mais surtout pour comprendre ce truc si populaire que les autres regardent et avoir les refs.

Ne vous méprenez pas, l'extrême opposé m'énerve tout autant (oui, je vise tout à fait la vague de gens qui se targuent de pas avoir vu Game of Thrones* et qui pensent qu'ils valent mieux que « tous ces moutons »).

Oui oui, vous vous démarquez de la masse, c'est bien, continuez comme ça (non)

La nature humaine est ainsi faite, on ne veut pas se sentir exclus de quelque chose, parce qu'on se sent plus en sécurité en groupe. En même temps, qui a envie de passer toute une soirée au milieu de gens qui ne font que parler de trucs que vous ne connaissez pas et qui ne vous adressent plus la parole à force d'en parler ?

Pensez au fait que chacun construit sa culture comme il peut. Au-delà de l'évidence même qui est que nous n'avons pas tous accès de la même façon à la culture, il y a aussi l'idée que certaines choses seront d'autant plus appréciées si elles sont vues au bon moment de sa vie.

Concrètement, je n'avais pas vu les Star Wars avant mes 18 ou 19 ans parce que j'ai passé mon enfance avec 3 oncles qui m'ont littéralement harcelé pour que je les regarde et que tout bêtement j'avais décidé de ne pas regarder la saga histoire de ne jamais leur donner raison (j'étais une petite rebelle, oui oui). Et je sais très bien que je n'aurais pas pu apprécier la série Six Feet Under autant que ça si je l'avais vu à un moment où elle n'aurait pas pu m'impacter autant.

Autre exemple, je me tourne désormais vers des séries comiques considérées comme les Bibles de l'humour (The Office et prochainement Seinfeld) par rapport à mon amour du lol et du stand up et l'envie d'en apprendre plus sur ce qui fait les fondements de l'humour de nos jours.

Pour contrer tout ça, j'ai trouvé une solution formidable en vagabondant sur Twitter. Au lieu de s'offusquer que votre pote n'ait pas vu Brazil*, dites-lui plutôt: « oh mais c'est trop cool, ça veut dire que t'as pas encore eu la joie de découvrir ce super film ». Et proposez lui de le voir ensemble. C'est ça, la vraie bienveillance.

Donc non en effet, je n'ai pas encore vu Doctor Who, je n'ai pas lu de bouquins d'Amélie de Nothomb et je me contrefous de The Walking Dead (ouais pour le coup la série m'attire vraiment pas, les comics à voir). Mais c'est par pour autant qu'il faut me considérer comme une hérétique.

Invitez-moi à voir Le Voyage de Chihiro, j'apporterai le fromage.


Les vraies choses de la vraie vie

* Soyez pas cons, vous vous doutez bien que chaque titre peut être remplacé par n'importe quel autre en fonction de votre situation personnelle.


P-S : Oui, c'est article est totalement une excuse de pic-assiette pour débarquer chez vous et dévaliser votre frigo.